Réflexion : "les styles atypiques en milieu professionel"

Un article sur le tattoo, un bon bouquin à partager, un sujet de société… Viens échanger et te cultiver dans cette zone.

Réflexion : "les styles atypiques en milieu professionel"

Messagepar Coin-coin le Canapin » Dim 10 Mai 2020 15:46

Un tit article de blog de St David.

(J'avais bien bien aimé son vieux site abandonné https://poubellebleue.wordpress.com/. Quelques articules inutiles, mais d'autres sont plutôt intéressants.)

Source : https://medium.com/@vomidechat/aller-ve ... 18f44307c5

Aller vers une acceptation des styles atypiques dans le milieu professionnel

Est-il temps d’en finir avec les codes vestimentaires au travail ?

L’existence d’une hiérarchisation des discriminations

Le code code du travail est catégorique “Les discriminations liées à l’apparence physique sont interdites.” Cette interdiction désigne les caractéristiques innées ou non modifiables : silhouette, taille, couleur des yeux, poids etc. L’apparence vestimentaire rentre aussi dans le cadre des discriminations, et là sont pointées les caractéristiques “modifiables” : coiffure, vêtements, piercings, modifications corporelles, barbe… Cependant, le Défenseur des Droits(1) note que l’employeur “peut vous demander de modifier votre apparence vestimentaire (…) s’il le justifie au regard de l’emploi que vous occupez.

Ainsi, un règlement écrit exigeant une “tenue correcte” de la part de l’employé et le tour est joué : en temps qu’employeur je ne peux pas discriminer, sauf si l’apparence vestimentaire ne rentre pas dans le cadre d’une “tenue correcte”. Voici un tour de passe-passe simple, justifié de manière bancale, qui permets de discriminer tout en restant dans la légalité.

D’un côté se trouvent les apparences vestimentaires atypiques(2): je nommerai ainsi les apparences vestimentaires étant plus ou moins éloignées du courant dominant. À celles-ci s’opposerait la fameuse “tenue correcte”.

Or, il est important de noter que le concept de “tenue correcte” est absolument subjectif : en milieu professionnel, il est convenu de se baser sur les mœurs dominantes, arbitraires, le tout agrémenté de la vision personnelle de l’employeur. C’est alors qu’en se reposant sur quelque chose de subjectif et évolutif (en d’autres termes, une “tenue correcte” désigne absolument tout et n’importe quoi et cela change au fil des cultures, des individus et du temps) est créée une hiérarchisation des discriminations : celles acceptables et celles inacceptables.

Mais si cette hiérarchisation ne semble scandaliser personne ni faire l’objet des gros titres, contrairement aux autres discriminations, c’est parce discriminer les apparences vestimentaires atypiques n’est pas un mal : au contraire, il semblerait qu’il y ait de bonnes raisons de le faire. Mais lesquelles ?

Une nuisance au profit

Sous l’œil du capitalisme, la productivité est une des raisons pour lesquelles une entrave est faite aux apparences vestimentaires atypiques.
Il est de croyance populaire qu’un employé avec une apparence vestimentaire atypique irait de paire avec incompétence et inefficacité. Ce cocktail de nuisances engendrerait une mauvaise productivité impactant négativement le profit. Cette idée bien ancrée ne repose évidemment sur rien de sérieux et aucune étude n’a prouvé de corrélation entre les deux faits, mais j’y reviendrai plus tard. Plus encore : un employeur discriminant les apparences vestimentaires atypiques en pensant mener son entreprise vers une meilleure productivité produit finalement l’inverse.

«Si on vise la productivité, on n’a pas forcément l’épanouissement alors que si on vise l’épanouissement on a forcément la productivité.»
Idriss Aberkane.


La psychologie et la sociologie modernes s’accordent pour dire qu’un individu épanoui est un individu heureux. Les études en management innovant démontrent quant à elles qu’un employé épanoui est un employé beaucoup plus productif et efficace(3). En ce sens, le management innovant repose sur de nombreux outils afin de développer l’épanouissement de l’employé, mais jamais il n’est question d’apparence vestimentaire : dommage ! puisque c’est un des éléments clés.

Une apparence vestimentaire (atypique ou non) c’est une liberté individuelle dont l’importance est sous-estimée -y compris dans le Code du travail. Ladite apparence est une part de soi; une part de soi qui nécessite un investissement : du temps, de la réflexion, de l’énergie, de l’argent… Un investissement plus ou moins important mais indissociable de la personnalité. Et cela devient problématique lorsqu’il est interdit pour un employé d’arborer un style atypique en milieu professionnel : c’est non seulement atteindre sa liberté, dénigrer et dévaloriser son investissement personnel, mais en plus le forcer à mettre en question cet investissement en vue de détruire une partie de sa personnalité.

Imaginez que vous portiez des vêtements très colorés, cheveux roses, quelques piercings sur le visage, des tatouages ici et là et une barbe bien fournie. C’est votre style, c’est vous, votre personnalité. Mais le dress code de votre entreprise n’autorise pas tout cela. Que faites-vous ?

Investir dans une double garde robe ? Posséder des vêtements adaptés au milieu professionnel et à côté de cela d’autres pour la vie personnelle ? Investir du temps pour retirer ses ornements faciaux avant d’aller travailler puis pour les remettre le soir; acheter du fond de teint couvrant ou bien dénicher des tenues aptes à cacher les tatouages… ? Investir dans une perruque pour se plier aux normes de la “tenue correcte” ? Investir de l’énergie dans tout cela… Investir physiquement et mentalement pour se cacher ? Et si vous n’avez pas les moyens financiers ou pratiques pour le camouflage, vous êtes obligé de vous débarrasser définitivement de votre apparence.
En outre, l’analyse est transposable à toutes les apparences vestimentaires atypiques : du simple fait d’avoir une coiffure originale ou un piercing, à l’adoption du total look.

Enterrer une part de soi ou bien la garder de manière cachée ? Un choix freinant l’épanouissement de l’individu.


Camoufler son apparence au travail, c’est devoir porter la charge mentale de ne pas pouvoir être soi-même. Pire, abandonner définitivement son apparence c’est sacrifier une part de sa personnalité et cela a un impact négatif sur le travail. Mon parcours professionnel me l’a démontré et ce schéma s’est aussi produit sur bon nombre de mes collègues. Loin d’être des cas isolés, des témoignages de l’influence de l’apparence sur le travail fleurissent ici et là sur le net. Certains racontent :

“Jusqu’à présent, ma tactique très réussie pour les entretiens ainsi que pour la journée de travail normale est de porter tout ce qui me donne de l’énergie et de la confiance. Cela, à son tour, a eu un effet très positif sur ma productivité et mon succès […]” peut-on lire sur un forum anglophone (4)

“Les employés trouvent réconfortant de faire partie d’une entreprise qui propose des codes vestimentaires décontractés, car ils ont l’occasion de «refléter leur personnalité authentique dans la façon dont ils s’habillent», explique Wolfe. Un code vestimentaire flexible peut aider les travailleurs à être plus expressifs et plus heureux au travail, ce qui ouvre la voie à un environnement de travail plus accueillant et plus productif.” (5)

À partir de là, imposer une “tenue correcte” en milieu professionnel, c’est mettre un frein à certaines émotions positives d’un employé. Plus encore, c’est imposer une charge mentale à celui-ci et le forcer à mettre en cause son apparence.
N’avez-vous jamais entendu “Un employé épanoui et heureux est un employé efficace ?” Pourtant, aujourd’hui rares sont les employeurs ayant compris que laisser leurs employés avoir l’apparence qu’ils souhaitent aurait des effets bénéfiques. Finalement, en entravant la liberté de leurs employés de pouvoir se vêtir comme bon leur semble, les employeurs façonnent eux-mêmes des employés potentiellement moins productifs, moins efficaces. Nuire au profit : ironique sachant que c’est ce qu’ils souhaitent éviter au départ.

Aussi, en voulant façonner l’apparence des employés sous couvert de donner une “bonne image” à l’entreprise, la volonté de l’employeur est de faire correspondre l’apparence à une vision populaire stéréotypée : avoir une “tenue correcte” serait synonyme de compétence.


Des exemples bien connus de tous peuvent pourtant démontrer le contraire.

Une connaissance, jeune ingénieur chez Über, me notifie qu’il n’est pas rare de croiser au sein de l’entreprise des collègues aux cheveux couleur arc-en-ciel, écarteurs aux oreilles et tatouages. Cette apparence remet-elle en question les compétences de ces ingénieurs ? Non. A-t-on remis en question les compétences de Steve Jobs quand il apparaissait en vieux jean et baskets douteuses lors de ses conférences ? Même chose chez Google, Twitter, IBM… Néanmoins, donnez ces exemples à n’importe-qui et ont vous rétorquera “Certes mais ils ne travaillent pas en contact avec la clientèle, ce n’est pas pareil.” !

Pas pareil, vraiment ? Si l’ingénieur Über aux cheveux arc-en-ciel est compétent, il le sera tout autant si vous lui donnez le même poste en contact client. Cependant, pour un individu aux idées arriérées, admettre ce fait c’est être face à un biais cognitif(6) :

“Je crois fermement qu’avoir un style vestimentaire atypique c’est être incompétent mais la réalité peut me démontrer que j’ai tort, et ça ne me plaît pas”. Mettre en question ses convictions, aussi primitives et infondées soient-elles, cela fait mal à l’ego.


Finalement, la question de l’image de l’entreprise n‘est rien d’autre que la volonté de ne pas vouloir froisser autrui. Pourtant, en interdisant les discriminations liées au corps on ne s’est pas posé la question de froisser qui que ce soit : il existe encore des personnes qui, hélas, pensent qu’être en surpoids c’est être fainéant, qu’être “désavantagé” physiquement c’est être moins intelligent, qu’à diplômes similaires avoir un handicap physique c’est être moins compétent qu’une personne valide…

Heureusement le code du travail banni les discriminations à l’emploi basées sur ces façons de penser. Alors pourquoi le fait d’être discriminé sur une apparence vestimentaire atypique n’est pas traité de la même manière ? Pourquoi se préoccupe-t-on du fait que des personnes aux idées traditionnelles et arriérées puissent être froissés d’une apparence vestimentaire atypique ?

Cette hypocrisie monstrueuse peut aussi s’analyser sous l’angle de l’érotisation inavouée des employés. Il y a effectivement une course à la séduction en milieu professionnel : avoir une “tenue correcte”, c’est séduire. Or, comme expliqué précédemment, il est prohibé de discriminer un employé qui ne serait pas conforme aux critères en vogue (minceur, dents blanches, rasé de près…). Quelle hypocrisie quand à côté de cela, on se préoccupe du capital séduction de l’employé qui ne rentrerait pas dans les codes vestimentaires “corrects” : costard cravate, bien rasé sans piercing facial.
En d’autres termes, la guerre aux discriminations en milieu professionnel n’est faite qu’à moitié et on se contente d‘idées bancales pour justifier cette injustice.

Mais une évolution est amorcée

Jadis, une tenue correcte signifiait porter une robe jusqu’aux chevilles, un corset et des gants chez les femmes, un costume trois pièces et un haut de forme pour les hommes. Nous nous sommes débarrassés de ces conventions poussiéreuses, et les codes vestimentaires actuels en milieu professionnel ont déjà un pied dans la tombe…


Il y a quelques années, une jeune femme très présente médiatiquement et présentant de nombreux tatouages et piercings faciaux a été licenciée à cause de son apparence; elle travaillait dans le milieu médical depuis des années. Son cas a fait jurisprudence et est même cité dans un document du Défenseur des Droits de la République Française (7) : “Le licenciement d’une assistante médicale ayant abandonné un style classique pour un style “d’avant-garde” a été jugé abusif.

Autre témoignage que j’ai pu recevoir traduisant le biais cognitif d’un client faisant face aux compétences d’une serveuse à l’apparence atypique :

“Je suis serveuse, j’ai eu un commentaire sur TripAdvisor d’un gentil monsieur qui dit qu’il a bien mangé et qu’il a été bien servi, mais […] “la serveuse aurait pu nous éviter tout ses tatouages”. Il était pourtant satisfait [de mon service; ndlr]”, Charlène.

Et s’il semblerait qu’un début de changement soit visible dans les milieux professionnels, nous devrions remercier les millennials (8) : les jeunes nés entre 1984 et 1996 sont la nouvelle force majeure dans le milieu du travail, et ils nous mèneraient vers le changement. Donc, si en partie grâce aux millennials il est possible de voir l’acceptation du port de la barbe et des tatouages discrets en milieu professionnel ces dernières années, verrons-nous aussi grâce à eux une totale destruction des codes vestimentaires dignes d’un autre âge ?

JPMorgan Chase (société financière, NDLR) a donné des frissons d’indignation dans tout Wall Street en 2016 quand elle a suggéré d’adopter un dress code plus décontracté. La décision a été envoyée à plus de 237 000 employés […] d’autres grandes multinationales ont fait de même au cours des dernières années, notamment IBM et General Electric […] en jetant de côté le pantalon sombre et la chemise blanche qu’ils vénéraient dans le passé“ lit-on dans un article de Forbes.

Certains millenials sont employés, d’autres employeurs, et parmi eux certains osent déjà intégrer des personnes aux looks atypiques dans leur entreprise. Interrogée sur le sujet, mon ancienne patronne m’avait répondu :

- “En temps que patronne [ton look] ne me gêne pas du tout, au contraire. Si des personnes ont un problème avec ton look, hé bien qu’elles sortent, je ne veux pas de gens intolérants comme clients !” Orianne, PDG d’un restaurant parisien.

Aujourd’hui, vêtu tout de rose et le visage tatoué, je suis cadre dirigeant chez une marque internationale de maroquinerie, je travaille en contact clientèle; et en étant également recruteur je participe aussi à l’évolution.(9)

En rédigeant cet article, j’ai pensé à cette jeune femme, citée plus haut, travaillant dans le milieu médical : elle aussi, fait partie du changement. Il en va de même pour ceux qui ont témoignés sur TenueCorrecteExigée(10). Je pense à mes amis aux styles vestimentaires atypiques, intégrés eux aussi à des milieux professionnels inattendus tels que le luxe, le commerce, la justice… Je pense à FreakyHoody(11) : enseignant dans l’Education Nationale, ayant le corps entièrement tatoué y compris le visage et les yeux; lui également, en étant lui-même et compétent participe à l’évolution. Et je pense à tous les autres, anonymes ou non, qui apportent leur pierre à l’édifice.

“Le changement c’est commencer par admettre qu’il y a un problème”


Bien que mon discours semble utopique, je crois véritablement en une évolution des codes vestimentaires en milieu professionnel, les faits montrent que nous sommes sur la bonne voie. Certes, les milieux sans contact client évolueront plus rapidement -hélas.
Plus encore, je pense que les seules raisons valables d’imposer un code vestimentaire dans le milieu professionnel devraient être pour des raisons de santé, de sécurité et d’hygiène. En dehors de cela, je prône la liberté totale de l’apparence vestimentaire dans tous les milieux professionnels, sous condition de porter des vêtements propres, non obscènes et dénués de messages de haine.

Beaucoup trop de temps est perdu à se préoccuper de l’apparence d’autrui plutôt que de se pencher sur la recherche de talents purs. Mais pour commencer, avancer c’est admettre qu’il existe des discriminations inacceptables en milieu professionnel et que les justifier par des idées primitives n’a plus lieu d’être. Appréhender les apparences vestimentaires atypiques dans le milieu professionnel est complexe mais nécessaire pour l’évolution sociétale de ce sujet. Et mettre ce dernier en lumière est déjà un premier pas, ne plus l’ignorer ou faire comme s’il n’existait pas.

Soyez le changement.

Références:
  1. Le Défenseur des droits est une autorité administrative indépendante, https://juridique.defenseurdesdroits.fr ... m_id=19239
  2. Arborer une apparence atypique c’est vouloir se faire remarquer ? Non. (sujet d’un prochain article)
  3. https://www.linkedin.com/pulse/un-employ%C3%A9-heureux-est-performant-h%C3%A9l%C3%A8ne-meynier-1
  4. https://workplace.stackexchange.com/questions/58491/how-to-dress-if-there-is-no-dress-code
  5. https://www.crawfordthomas.com/2019/12/05/indeeds-simple-solution-to-attract-top-talent/
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_cognitif
  7. https://juridique.defenseurdesdroits.fr/doc_num.php?explnum_id=19239
  8. https://www.forbes.com/sites/sarahlandrum/2017/06/16/are-millennials-driving-casual-dress-codes
  9. https://medium.com/@vomidechat/tu-ne-trouveras-jamais-de-travail-avec-un-style-pareil-f1acf47142a9?source=your_stories_page
  10. Projet personnel sur les apparences atypiques en milieu professionnel http://instagram.com/tenuecorrecteexigee
  11. Homme médiatisé, https://www.instagram.com/freakyhoody/

Source : https://medium.com/@vomidechat/aller-ve ... 18f44307c5
Archive : https://web.archive.org/web/20200510143 ... 18f44307c5
Avatar de l’utilisateur
Coin-coin le Canapin

Investi
 
Messages: 687
Enregistré le: 16 Nov 2013
Localisation: ̧ ̧
Genre: Non spécifié
Remercié: 5 fois

Re: Réflexion : "les styles atypiques en milieu professionel

Messagepar Krän » Dim 10 Mai 2020 17:40

Beaucoup de portes ouvertes enfoncées. :)
Et comme il le dit, d'utopie.

Si je devais me faire l'avocat du diable, je dirais que lorsque l'on se dirige vers un secteur d'activité, voire un emploi précis, on sait de quoi il retourne.
Avant de commencer à bosser, j'avais les cheveux jusqu'à la ceinture, des Newrocks, un manteau en cuir jusqu'aux chevilles... :geek:
J'ai choisi un secteur d'activité où le dress code n'a que peu changé depuis plus d'un siècle (modulo la mode), et qui va sûrement perdurer encore longtemps.
Quiconque fait des études pour se diriger vers ce secteur sait à quoi s'attendre.
Je ne dis pas que c'est bien, au contraire c'est complètement nul de mon point de vue puisque "évidemment" style (vestimentaire, capilaire, ...) et compétences ne vont absolument pas de paire.

Mais, ce sujet n'est un sujet que pour qui estime que c'en est un (donc pour les personnes souhaitant une plus grande, voire très grande, liberté de styles, d'expression par l’apparence).
Ca me semble être un point à ne pas ignorer.

Quand une majorité de la population partage les mêmes valeurs, les mêmes principes, le même rapport aux apparences, il n'y a pas, aux yeux de cette majorité, de raison de changer les choses. Au contraire (du coup).

Je n'ai pas cherché ni même cliqué sur les liens pour voir si du contenu répond au point suivant :
On peut se poser la question suivante à titre d'exemple > quelle est la part de la population tous âges et catégories sociaux-professionnelles qui préfère (est rassurée, a plus confiance, ...) voir son assureur ou son banquier (ça fonctionne avec plein d'autres professions) en costume/cravate (ou simples pantalon-chemise) plutôt qu'en bermuda/t-shirt corps et visage tatoué/piercés ?

Certes des employeurs ont pour certains dans leurs esprits des codes, des idées conservatrices. Cependant ils répondent aussi (et peut-être avant tout) aux attentes d'une partie de la clientèle.
Peut-être pas forcément la principale en volume selon le secteur d'activité, mais possiblement la principale en chiffre d'affaire. Et c'est bien ça qui compte pour une entreprise.

Certaines utilisent le fait d'être "décalé" comme argument commercial, parce que cela correspond à leur cible de clientèle, tout simplement. Par exemple on ne vend pas des accessoires de skate (ou de "métaleux"/"punk"/"hippie"/"ethnique", etc) en ayant une coupe de cheveux de premier de la classe. La clientèle n'attends pas ça.

C'est d'ailleurs parfois une forme de discrimination ("positive" pourrait-on dire ici compte tenu de l'article), pour bosser dans certains secteurs, au sein d'entreprises ou de lieux 'branchés' par exemple, il faut avoir un look. Si tu viens en polo et pantalon à pinces parce que c'est ton look, tu peux faire demi-tour.
Ce style "conservateur" est alors atypique.
Donc non souhaité.

Un style "atypique" (et malvenu) est déterminé en fonction du contexte, du secteur d'activité. L'article se focalise sur certains aspects (les couleurs de cheveux et les tatouages/piercings si on résume) ce qui donne une forme unidirectionnelle à l'article, un contenu que l'on pourrait alors qualifié de "militant", "simpliste", qui généralement ne touche que les personnes les plus concernées.
C'est un droit, c'est cependant généralement peu efficace (cela peut même être contre-productif en générant une forme de rejet par ceux que l'on aurait souhaité convaincre).


Les choses changent lentement parce qu'effectivement les "nouvelles générations" semblent globalement moins attachées au respect des anciens codes (il y en a cependant toujours, même parmi les très jeunes, du fait de l'éducation tout simplement). Et de nouveaux codes sont créés, également.
Concernant les codes "conservateurs", la société étant faite d'un brassage de générations, l'évolution est très lente car il faut toujours que les codes/pratiques répondent aux attentes des plus conservateurs, si on veut faire simple.
Dans les secteurs d'activités en contact avec la clientèle, là où les codes vestimentaires sont souvent les plus stricts et les plus couramment imposés par principe (et non pas par sécurité du fait de la nature de l'activité et donc tout à fait légitimes comme pointé dans l'article), le fait de satisfaire/rassurer/ne pas gêner le client afin de vendre un produit sera certainement encore pour longtemps prioritaire sur le bien être d'une probable minorité d'employés ayant des attentes fortes sur ce sujet.

Je ne peux que souhaiter me tromper, faisant partie de ce que je pense être encore aujourd'hui la "minorité" se sentant concernée par ce "problème".



Pour donner un exemple concret de ce qui se fait encore, très récent, en milieu 'conservateur' :

Il y tout juste un an nous avons reçu dans nos boîtes pro un message indiquant ce qu'il était bon de porter ou non, en fonction de la situation.
Il concernait essentiellement les personnes rencontrant des clients, détaillant le type de vêtements si le client est rencontré sur le lieu habituel de travail, ou bien si c'est sur le sien et dans ce cas avec des précisions pour certaines activités professionnelles.
Recommandations illustrées à l'aide de personnages habillés de différentes façons.
(Les genres supposés 'homme' et 'femme' et les différentes 'couleurs de peaux' ont été représentés, ce n'était pas une préoccupation il y a 10-15 ans...les choses changent sur ces sujets aussi, par souhait, par nécessité, un peu des deux sûrement, au début l'un avant l'autre sûrement).

"Mais", à côté de cela, depuis un peu moins d'un an, il a été dit que la cravate n'était plus obligatoire au sein des bureaux de Siège de l'entreprise. Le reste du dress code habituel (costume sombre bleu ou noir et chemise manches longues claire blanche ou bleu ciel) est cependant toujours en vigueur.

Autant dire qu'au sein de notre société (comme la totalité du secteur à ma connaissance), ce n'est pas demain que la direction va opérer un changement radical de recommandations/pratiques sur le sujet. :roll:
Précisons tout de même que c'est fortement recommandé et non pas un uniforme obligatoire, ça laisse donc de la liberté quand même. :geek:
"Pigeon, Oiseau à la grise robe ~ Dans l'enfer des villes ~ À mon regard, tu te dérobes ~ Tu es vraiment le plus agile."
Avatar de l’utilisateur
Krän

Administrateur
 
Messages: 6309
Enregistré le: 27 Aoû 2013
Localisation: ¨¨
Genre: Homme
Remercié: 309 fois
  • Adresse Galerie

Re: Réflexion : "les styles atypiques en milieu professionel

Messagepar Coin-coin le Canapin » Dim 10 Mai 2020 19:39

Krän a écrit:Beaucoup de portes ouvertes enfoncées. :)

Oui, c'est vrai.

un contenu que l'on pourrait alors qualifié de "militant", "simpliste", qui généralement ne touche que les personnes les plus concernées.

C'est vrai aussi :mrgreen:

Je n'ai pas spécialement d'avis sur l'article, en plus je ne suis pas concerné. :geek:

Mais, ce sujet n'est un sujet que pour qui estime que c'en est un

Tu veux dire, "ce sujet n'est un problème que […]" ?

J'ai pas grand chose à dire sur le sujet de fond parce que je trouve ça compliqué, mais y a un aspect le serpent qui se mord la queue non ? Genre, si une entreprise montre ses employés à des clients, les employés doivent être en costard cravate parce que les clients attendent du costard cravate, et les clients attendent du costard cravate parce que les employés doivent être en costard cravate (entendre : les employés sont habituellement en costard cravate, donc je m'attends à ça).

Pis outre l'apparence, y a aussi l'attitude qui joue énormément. Y a des gars en full costard qui parlaient hyper mal et qui inspirent aucun professionnalisme et des gars en jeans-tshirt hyper pro qui savent de quoi ils parlent, où ils vont et qui savent le faire sentir (oui je sais la porte est déjà ouverte).

Sinon, voilà le dress code d'une boîte qu'un gars avait partagé (il bossait dedans pour une mission) :

dresscode.jpg

C'est à des années-lumières de mon existence :mrgreen:
Avatar de l’utilisateur
Coin-coin le Canapin

Investi
 
Messages: 687
Enregistré le: 16 Nov 2013
Localisation: ̧ ̧
Genre: Non spécifié
Remercié: 5 fois

Re: Réflexion : "les styles atypiques en milieu professionel

Messagepar Squelch Sasquatch » Dim 10 Mai 2020 19:44

Krän a écrit:Un style "atypique" (et malvenu) est déterminé en fonction du contexte, du secteur d'activité. L'article se focalise sur certains aspects (les couleurs de cheveux et les tatouages/piercings si on résume) ce qui donne une forme unidirectionnelle à l'article, un contenu que l'on pourrait alors qualifié de "militant", "simpliste", qui généralement ne touche que les personnes les plus concernées.
C'est un droit, c'est cependant généralement peu efficace (cela peut même être contre-productif en générant une forme de rejet par ceux que l'on aurait souhaité convaincre).


Je suis assez d'accord avec ça, on dirait qu'il n'y a d'atypiques que les couleurs vives, les piercings et les tatouages. Et les secteurs d'activité ne paraissent pas si variés non plus. Je trouve donc l'article assez simpliste par rapport à l'ampleur de la problématique qu'il prétend traiter.
Je ne suis d'ailleurs pas persuadée que tout soit toujours acceptable en matière vestimentaire sur son lieu de travail et qu'il est effectivement difficile de tracer une limite forcément subjective et liée à un contexte donné.
Avatar de l’utilisateur
Squelch Sasquatch

Chroniqueuse
 
Messages: 1338
Enregistré le: 27 Sep 2013
Localisation: Sous le signe du V
Genre: Non spécifié
Remercié: 164 fois
  • Adresse Galerie

Re: Réflexion : "les styles atypiques en milieu professionel

Messagepar Krän » Dim 10 Mai 2020 22:07

Tu veux dire, "ce sujet n'est un problème que […]" ?

Oui, sujet au sens "problème", mais pas seulement. J'entends par là que c'est un sujet auquel pense quelqu'un qui se sent concerné (sans forcément que ce soit un problème).
Comme évoqué je suis assez convaincu que pour beaucoup de gens il n'y a même pas de "sujet" de réflexion, ce n'est pas un "sujet" du tout et encore moins un problème. Ils n'y pensent pas.
D'où le "ce sujet n'est un sujet que pour qui estime que c'en est un", sans forcément "aller jusqu'à" y voir un problème. ^^


Oui c'est le chat qui se mord la queue d'une certaine façon.
Mais qui "doit" changer les choses...?
- Les entreprises en prenant le risque de générer une gêne/crainte/insatisfaction d'une partie des clients et donc prendre un risque financier afin de défendre des idées 'contraires' aux standards du secteur ? Pour quelle raison ? Pour gagner quelque chose à cela il faut assez logiquement qu'il y ait une (autre/nouvelle) clientèle cible qui appréciera la démarche. L'argument du bien-être de l'employé, s'il est concerné par cette liberté qu'il estime lui manquer, est juste. Le bénéfice/risque est-il quantifiable et favorable à l'entreprise ? C'est la question majeure dans notre société/économie (c'est peut être un raisonnement discutable, mais là on va vers bien d'autres domaines de réflexions).
Il est d'ailleurs intéressant si je puis dire de constater une certaine naïveté dans l'article. Il écrit :
la question de l’image de l’entreprise n‘est rien d’autre que la volonté de ne pas vouloir froisser autrui.

Il est bien connu que le meilleur moyen pour une entreprise de faire du profit (vendre un produit, service, ...), c'est de "froisser" comme il dit sa clientèle (tout ou partie). :geek:
- Les employés en ne suivant pas les recommandations de leurs directions ? Se mettre en risque professionnel (évolution de carrière, de rémunération, ...) pour défendre ses idées. C'est un choix personnel. Y a t-il vraiment un combat autre qu'idéologique (que l'on peut estimer tout à fait louable) ? Le pot de terre et le pot de fer ?
- Les clients, en faisant quoi ? Signaler aux 'patrons'/entreprises le manque de diversité des styles parmi les employés ? Entre les clients qui attendent de voir des employés qui répondent aux 'codes' (sans même y penser, sans penser qu'il y a un "sujet"), ceux qui n'en ont que faire et qui du coup ne vont pas penser à "faire quelque chose" ou pas prendre le temps de le faire parce que ça reste bien anecdotique dans leur monde.... Ce n'est sûrement pas demain que ça va changer par ce biais.

Donc oui, entre ceux qui sont sensibles à l'image, tant côté entreprises que clients, et ceux qui n'en ont que faire, il ne reste finalement peut-être que peu de personnes se souciant du sujet et en faisant un problème.

Ca peut sembler dommage... Pour qui y voit un sujet/problème. Ou pour qui raisonne de façon tout à fait théorique (l'humain, les libertés, l'expression de soi, l'épanouissement personnel et collectif, etc).
C'est une réflexion que je trouve intéressante (qui ne fera rien changer bien sûr, mais je trouve intéressant de réfléchir à sa condition, en tant qu'individu, peuple, espèce, ...).



Je citerais également un extrait de l'article (mes remarques vont rejoindre d'une certaine façon mes précédentes et celle de Squelch Sasquatch) :
je prône la liberté totale de l’apparence vestimentaire dans tous les milieux professionnels, sous condition de porter des vêtements propres, non obscènes et dénués de messages de haine.

La propreté est une chose relative, malheureusement. :lol:

Plus sérieusement, qu'est-ce qui est obscène ? Sur quoi doit on se baser pour le déterminer ? Nous basons-nous uniquement sur les lois ? Ou sur les "codes" semblant actuellement communs à la majorité de la population (qui cependant varient en fonction du contexte) ? Tout comme finalement les "codes" qui font qu'un style est dit "atypique" ou non et donc "bienvenu" ou non au sein de l'entreprise, devant l'ensemble des clients en tenant compte de toutes les sensibilités, ...?
Ce qui est obscène pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre, c'est d'ailleurs un élément implicitement contenu dans le fameux "tenue correcte exigée" qu'il pointe du doigt. Une notion floue certes, mais dont, de l'aveu de la majorité des gens je pense même les moins conservateurs, il est possible de donner les contours (de façon large, en France par exemple) si l'on devait "ne prendre aucun risque". Ce "tenue correcte exigée", chacun ou presque sait l'interpréter selon le contexte donné. Notion souvent restrictive, bien au delà des notions de droit/loi. Avec parfois des différences de points de vues, tout de même, parce que la société est riche de diversité.
Si une personne se sent bridée par cette vision relativement commune des choses concernant ce qui est obscène ou non (comme d'autres concernant leurs "styles"), est-ce un "problème" ? À quelle échelle en est-ce un ?
J'illustre (de façon amusante dirons-nous) la perception et notion de ce qui est "obscène" avec l'exemple d'une collègue (il y a longtemps, je précise comme ça si jamais hein...:D). Elle avait une forte poitrine, elle portait presque toujours un décolleté plongeant, elle y logeait 'innocemment' son stylo-tour de cou, les clients (hommes majoritairement) ne rechignaient pas à signer les contrats avec.
Pour autant, elle a été priée de revoir sa façon de s'habiller qui était jugée d'une certaine façon "obscène" dans le contexte donné.
Pourtant, dans la vie de tous les jours, et même sûrement du point de vue de beaucoup de collègues et clients, elle/ce n'était pas obscène (amusant, léger, un peu de frivolité peut-être, tout au plus). Mais il est aussi probable que pour d'autres, ça l'était (honteux, indigne d'une personne bien/de confiance et d'une employée d'une entreprise respectable).

Concernant les messages de haine, c'est un peu similaire donc je ne vais pas détailler. Il y a la loi, et l'humain.
Un petit exemple pour illustrer :
Un t-shirt avec un dessin/message humoristique sur un sujet quelconque de société (veganisme, hipster, alcool, peu importe). Ce n'est pas politique, ce n'est pas haineux, c'est humoristique.
Tant l'entreprise que des clients ou des collègues peuvent désapprouver le message, le trouver inapproprié sur le lieu de travail voire être choqués. Pourtant la personne ne pense pas à mal, et elle respecte la loi.




On aimerait tous faire du surf sur des arc-en-ciel au pays des Bisounours, mais ce n'est pas si simple. :pink:

La personne qui a écrit ce texte soulève un sujet intéressant, qui a souvent et assez longuement été discuté ici et sur d'autres forums de bodmods par le passé. Mais le traitement est à mon sens très léger.:)
"Pigeon, Oiseau à la grise robe ~ Dans l'enfer des villes ~ À mon regard, tu te dérobes ~ Tu es vraiment le plus agile."
Avatar de l’utilisateur
Krän

Administrateur
 
Messages: 6309
Enregistré le: 27 Aoû 2013
Localisation: ¨¨
Genre: Homme
Remercié: 309 fois
  • Adresse Galerie


Retourner vers Culture et Société

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Google [Bot] et 11 invités